mercredi 7 décembre 2016

Papy de neige




"Il disait que la neige apaise la tristesse et la colère, que le monde devient blanc comme un écran de cinéma.  Je pense à mon Papy et à ses mots qui étaient doux comme des flocons."

En voilà une idée de cadeau à déposer sous le sapin en cette période de fêtes hivernales.  A fortiori si l'enfant à qui il est destiné a perdu un être cher...

Dans ce récit rédigé par Frank Andriat et mis en dessins par Sarah Parmentier, on suit les aventures d'un bonhomme de neige qui ressemble à s'y méprendre au Papy du jeune narrateur.  Comme lui, il est grand et fort.  Comme lui, il est beau et fier.  Pourtant, avec la remontée des températures, il perd peu à peu de sa superbe.  Et à l'enfant de dresser alors une analogie avec les derniers moments de son Papy.  Se pourrait-il que son bonhomme de neige finisse par disparaître lui aussi ?  Se pourrait-il que cette disparition ne soit pas une fin en soi ?

A travers cette histoire illustrée tout en douceur ouatée, on suit le cheminement de pensée de l'enfant qui revit, avec le soutien de ses parents, un événement douloureux qu'il a bien des peines à comprendre, à admettre.  "C'est la vie" lui dit son papa.  Mais les mots ne veulent pas dire grand chose.  Par contre, ce bonhomme qui rétrécit de jour en jour, ça, ça lui parle !   Jusqu'au bout, il met tout en oeuvre pour le sauver.  Mais il est des batailles qu'on ne peut remporter. L'enfant le comprend, s'apaise et sourit, assis sur le petit tas de neige qui fait de la résistance pour quelques instants encore :  son papy de neige est devenu lumière...  

Cette image parlante du Papy de neige constitue un biais tout doux pour aborder le délicat sujet de la mort.  Ce n'est pas le seul point fort de cet album. D'autres éléments du texte comme des images ne manqueront pas de plaire au jeune lecteur ainsi qu'au parent qui l'accompagnera dans sa découverte : la complicité qui unit le père et le fils ; ce papy à la barbe à papa ; cette image pleine d'empathie où les parents observent leur fils observant son bonhomme de neige rétrécir ; cette double page remplie de cadres de famille qui offre le temps de se poser dans le récit, histoire de comprendre que le cercle de la vie constitue des étapes sans cesse renouvelées ; ces deux petits oiseaux qui passent de page en page, témoins des joies et des peines de ce petit d'homme  ; etc.  A vous de découvrir les autres surprises de ce petit carré tout doux malgré le sujet grave qu'il met en scène.

Pour ma part, cet album m'a attendrie et enthousiasmée.  J'espère que d'autres textes de Frank Andriat feront l'objet d'une aussi belle mise en images.  En attendant, je prolonge le plaisir en relisant un autre de ses textes, "Rouge, la neige"(1), message d'amour et de tolérance écrit suite aux attentats de Paris... Je ne résiste pas à l'envie de vous en partager le final :
"Boule après boule, j'ai confectionné un immense bonhomme de neige.  J'aurais voulu qu'il atteigne le ciel!  Ensuite, malgré les larmes qui coulaient sur mes joues, je lui ai dessiné un sourire sur le visage : mon bonhomme tout neuf, c'est mon Papa qui rit.  Comme nous tous, il est éphémère, mais il est vivant comme les flocons d'amour qui parsèment les versets du Coran."


Pour aller plus loin :




(1) in Le peuple des Lumières, Double jeu, Ker éditions, 2015




mardi 22 novembre 2016

Un sale livre

Un sale livre peut-il être beau ?  Telle est la question que me pose Frank Andriat dans la dédicace qu'il a eu la gentillesse d'apposer à mon intention au début de son dernier titre en date.

Pour certains personnages de ce récit, la réponse est clairement non.  Il faut dire que le titre Rien, Nadir que Karine Latour propose à ses élèves de 3ème déchaîne les passions.  Et la polémique enfle à la vitesse grand V.  Élèves, parents, collègues, tout le monde y va de son avis.  Pour quelles raisons ce livre pourrait-il être mis à l'index ?  Est-ce parce qu'il raconte sans fard ni fioriture l'histoire de Nadir, un jeune réfugié syrien qui fuit les horreurs de son pays ?  Est-ce parce qu'il choque, dérange, interpelle, bouscule les petites vies pépères de certains ?  Est-ce parce qu'il remue toute la boue brassée par les extrémistes de tout poil et nous renvoie à nos propres contradictions ?  

Le moins qu'on puisse dire c'est qu'il ne laisse pas indifférent!

Avec ce titre, fidèle à ses thématiques fétiches, l'auteur nous embarque dans un double récit où se bousculent les points de vue.  Un leitmotiv cependant : l'ouverture à l'autre et le respect de la différence. Parallèlement à ces questions, on a droit à un véritable débat sur la littérature en général et ce qui fait un "bon" livre en particulier. Celui-ci ne laissera pas indifférent les lecteurs éclectiques que nous sommes puisque s'y opposent les défenseurs de la grande littérature qui clouent au piloris la littérature jeunesse qui n'a selon eux pas passé l'épreuve du temps et ceux qui pensent qu'un bon livre est avant tout un livre qui apporte l'ivresse, peu importe qu'il fasse ou non partie des classiques. Inutile de vous dire dans quelle catégorie je me situe !

Dans sa forme, ce titre plaira également par son découpage narratif : chaque chapitre correspond à un point de vue d'un personnage et le dernier, quant à lui, propose une confrontation des visions afin que le lecteur puisse se forger sa propre opinion.  Autre idée intéressante, c'est cette mise en abyme.  Le lecteur découvre une histoire où les personnages lisent un livre dont on découvre progressivement des passages.  On a ainsi deux histoires pour le prix d'une. Les deux s'imbriquant à merveille pour donner corps à l'intrigue.

Le fan des ouvrages de Frank Andriat y retrouvera également plusieurs clins d’œil à un autre de ses personnages, Bob Tarlouze.

Bref, un bien beau sale livre qui ouvre le débat et fait réfléchir sur plus d'un sujet !




samedi 17 septembre 2016

Le petit arbre Plume - Bien loin de chez soi



"Plante bien tes racines fiston, si tu veux devenir un arbre costaud et solide."

Plume est un arbrisseau choyé par ses parents et ses amis. Au cœur de la forêt la plus grande du monde, il grandit, heureux et insouciant. Un jour, pourtant, une tempête  dévastatrice bouleverse tout.  Le voilà, déraciné, emporté bien loin de chez lui...

Avec Plume, c'est le 3e titre de cette collection Minuscules de l'édition Le Ver à Soie que j'ai la chance de découvrir. J'y retrouve le format 14x30, la couverture cartonnée de qualité, le signet à découper, les illustrations graphiques d'Elza Lacotte et le petit plus de la fin, à chaque fois en lien avec l'histoire.  Ici, il s'agit d'un petit sachet avec une plume et une petite graine à planter et à voir grandir...





Au-delà de tous ces bonus, propres à cette collection, il y a surtout une histoire de résilience qui fait chaud au cœur. Histoire qui, comme le laisse penser le rabat de la 1ère de couverture, n'est pas sans lien avec le parcours de l'auteure elle-même.  Les thèmes sous-jacents sont le déracinement, l'exil, la force de la vie et de l'amour.  

La nature, en particulier la forêt et les arbres, y tient une place de choix.  A travers cet univers sont évoqués la ronde des saisons et le cycle de la vie. Comme Plume, le jeune lecteur découvrira aussi que, pour s'en sortir, on peut parfois avoir besoin de plus petits que soi.

D'abord surprise par le choix des couleurs, les dessins en noir et rouge sur fond vert, j'y vois au final une belle symbolique, celle de la vie qui pulse en nous et nous force à nous redresser, quoi qu'il advienne :

"N'était-il pas vivant ?  Mais oui !  Et bien vivant même !  Alors rassemblant ses dernières forces, usant de tout son courage, il releva la tête, tentant de la tenir bien dressée.  Certes son feuillage n'avait pas fière allure, ses branches étaient toutes tordues, mais...  Il avait survécu !"

A découvrir donc !

Pour aller plus loin :