samedi 22 février 2014

Comme des images

Éditions Sarbacane, 2014

Jamais l'image de soi n'aura eu autant d'importance qu'en cette ère de la réalité virtuelle !  En mettant notre vie privée en pâture sur les réseaux sociaux, chacun de nous s'offre au regard des autres.  Un regard qui juge sur les apparences.  Mais au final, personne n'est dupe, les apparences sont plus que jamais trompeuses !

Prenez l'illustration de cette couverture par exemple.  Y sont représentées deux jeunes filles, des jumelles.  Toutes deux semblent prêtes à plonger avec allégresse vers leur futur programmé et les plus hautes fonctions auxquelles les prépare le lycée huppé qu'elles fréquentent. 

Pourtant, à y regarder de plus près, l'une semble sûre d'elle, un petit sourire accroché au coin des lèvres, alors que l'autre semble bien plus inquiète... 

Comme souvent chez les vrais jumeaux, il y a l'extravertie, la brillante Léopoldine, la coqueluche de l'école, qui vient de plaquer Tim, le beau gosse, pour Aurélien, son antithèse, et Iseult, plus introvertie, qui ne quitte pas son carnet de croquis.  Entre les deux, la narratrice, celle qui est témoin du raz de marée qui s'abat sur le petit microcosme que constitue leur lycée.  

En effet, un matin, tout l'entourage de Léopoldine (parents, professeurs, élèves) reçoit un mail avec une vidéo des plus compromettantes, une sextape qu'elle avait tournée pour Tim.

Au fil de la journée, on assiste à un huit clos dans un monde impitoyable où il n'y a pas de place pour les plus faibles... 

Autour de ce sujet délicat et combien d'actualité de l'atteinte à la vie privée, l'auteure évoque en effet un univers loin d'être rose.  Non !  Les jeunes ne sont pas sages comme des images.  Ils peuvent se montrer cruels et d'une indifférence effarante.  Cet événement les ébranle si peu au final.  Génération zapping, en à peine une journée, ils ont tôt fait de passer à autre chose.  A commencer par la principale intéressée qui se préoccupe davantage des conséquences que pourrait avoir cette mésaventure sur son avenir professionnel que de sa réputation dans son lycée.  Habituée à jouer de son image, cet événement l'écorne à peine.

Quant aux adultes, ils se montrent peu présents, dépassés ou déversent leurs aigreurs, comme ce prof de langue méprisant des élèves qui vont le surpasser professionnellement.

Pourtant, parmi tous ces personnages qui semblent interpréter une mauvaise pièce, un être souffre... Comme les vases communicants, plus Léopoldine redresse la tête, plus Iseult s'enfonce.  Et cette affaire est un peu la goutte d'eau qui fait déborder le vase...

Faux-semblants ; amitiés factices, qui se font et se défont ; poids quasi insoutenable des attentes des parents, de la société ; difficultés d'être soi, d'exprimer ses sentiments ; l'auteure nous dépeint une jeunesse qui n'est vraiment pas simple à vivre. 

Et pourtant, malgré cette image hyper réaliste et quelque peu désabusée de jeunes pour qui le paraître prime sur l'être, on tourne avidement les pages, histoire d'aller au bout du voyage et de découvrir ce qui se cache derrière les premiers mots sibyllins qui ouvrent le roman :
"Il y a un corps dans la cour du lycée Henri IV."
Une lecture qui trotte en tête et qui vous rappelle qu'il faut plus que jamais regarder au-delà des apparences et renouer une solidarité interpersonnelle perdue.

Un texte moderne où l'auteure mélange avec art réflexions de sa narratrice et documents variés, règlement d'ordre intérieur, conversations instantanées sur Facebook, etc.  Le tout formant un récit vif qui vous entraîne toujours plus loin dans la découverte des travers de notre société individualiste.

Un roman qui plaît énormément mais qui dérange tout autant puisqu'il appuie là où ça fait mal !


"Je me plaindrai jusqu'à ce que je trouve la grande porte verte qui me fera passer du lycée à la rue, et de l'image au réel ; et ensuite je fabriquerai quelque chose de plus vrai, de plus beau, de plus logique, dans ce grand monde de macadam."

A lire, d'une traite !

Pour aller plus loin :

2 commentaires:

  1. "à lire d'une traite", je pense que c'est ce que je ferais quand la commande sera livrée! ;)

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  2. Quel roman !!
    (et merci pour le petit mot final ♥)

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