lundi 2 janvier 2017

Le faire ou mourir


Le givre a laissé sa place à une fine pellicule de neige.  De quoi poursuivre ces vacances sous le signe du cocooning, de la lecture et du farniente.

Troisième titre extrait du swap de Noël offert par mon arbronaute, Céline du blog Le tiroir à histoires. Le faire ou mourir, un roman lu d'une traite.  Véritable claque qu'il faut digérer.

"Damien Decarolis (...).  Dam DeCaro. (...)  S'il fallait résumer ma vie à un seul mot, peut-être que mon nom suffirait pour tout dire.  Un garçon avec le nom d'une reine de jeu de cartes."

Depuis l'enfance, Damien vit brimade sur brimade, à l'école comme à la maison. Sa sensibilité à fleur de peau, son physique de "frite mole" en font une cible de choix pour les harceleurs de tout poil.  Aussi, lorsqu'au collège, Samy s'interpose pour lui éviter une énième rouée de coups, le cours de sa vie prend un tournant inattendu.  Très vite, il se sent intégré dans cette bande de gothiques et en adopte les codes... Très vite, il y puise l'intérêt et l'affection dont il manque cruellement.  Au grand dam de son père qui reste sourd à la détresse de son fils et fait tout pour l'éloigner de sa nouvelle famille.  Des tensions qui ravivent encore et encore des blessures non cicatrisées... 

Ce court roman aborde sans tabou aucun des thématiques fortes et met en garde contre le manque d'amour et la négation de la différence.  

Jamais reconnu pour ce qu'il est par ses proches, le personnage central n'a d'autre choix que de se faire du mal pour s'accepter.  Rabaissé constamment par son entourage qui lui nie toute liberté d'être, il ne peut qu'inscrire dans sa chair ses fêlures et par là garder un maîtrise ultime sur son corps.

Le lecteur suspend alors son souffle : par son amitié, son amour, Sam réussira-t-il à sauver Dam ?  Lui permettra-t-il d'ouvrir les digues, de libérer le flux des pensées toxiques qui le tuent à petit feu depuis tant d'années, d'exprimer enfin qui il est, sans que cela ne dévaste tout sur son passage ?

Par le biais d'une alternative narrative des plus prenantes, l'auteure nous confronte à nos propres responsabilités. Par nos silences, nos indifférences, nos piques prétendument inoffensives, nos a priori d'un autre âge, quels feux (auto)-destructeurs couvons-nous sans le savoir ?  

Un roman qui nous rappelle abruptement mais de manière salvatrice que la "perversité", celle qui consiste à broyer l'autre parce qu'il est autre, existe au sein même des familles, au sein même des écoles :

"Si demain dans ta rue,
si demain dans ta ville,
on te montre du doigt
parce que tu as les cheveux comme ça,
ou parce que tu t'habilles comme ça...
dis-leur que ce sont des pervers."

Nicola Sirkis (Indochine) (épigraphe du roman)

Pour aller plus loin :

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